27 février 2025
Éric Caire démissionne
La pression était devenue insoutenable. Le ministre de la Cybersécurité et du Numérique, Éric Caire, quitte son poste dans la foulée du « fiasco SAAQclic » et de ses dépassements de coûts de 500 millions de dollars, qui dominent les échanges depuis une semaine à Québec.
C'est François Legault qui, en personne, a annoncé la démission de M. Caire, jeudi après-midi, alors qu'il était de passage à La Tuque, en Haute-Mauricie, pour y rencontrer des acteurs de l'industrie forestière.
Ce dernier, dans les minutes qui ont suivi, a transmis une déclaration écrite aux médias, dans laquelle il explique en être arrivé à la conclusion que cette affaire, qu'il qualifie de totalement inacceptable, est devenue une distraction pour son gouvernement et son premier ministre.
Il maintient toutefois avoir assumé [ses] responsabilités et n'avoir rien à [se] reprocher dans le dossier du virage numérique de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), hormis de ne pas avoir été assez méfiant.
Masqué en raison d'une grosse grippe, Éric Caire avait plus tôt démenti un article publié dans Le Devoir révélant qu'il avait, avec son sous-ministre de l'époque, Pierre E. Rodrigue, assisté à une présentation le 13 juin 2022 au cours de laquelle il avait été mis au fait des dépassements de coûts projetés.
ll avait aussi qualifié de faux un article du Journal de Montréal indiquant qu'il avait, neuf jours plus tard, tenté de cacher une facture de 222 millions de dollars additionnels pour mettre en œuvre le virage numérique de la société d'État en signant un arrêt ministériel pour permettre à la SAAQ de contourner les règles du Trésor.
Éric Caire ne sera donc plus ministre de la Cybersécurité et du Numérique – ni leader parlementaire adjoint du gouvernement, à en croire les changements apportés au site web de l'Assemblée nationale jeudi après-midi, où l'on apprend en outre que le député de La Peltrie ne siégera plus sur aucune commission parlementaire.
On ne sait pas encore qui le remplacera dans ces fonctions. Un ajustement du Cabinet suivra dans les prochains jours, a indiqué M. Legault jeudi.
Éric Caire, qui a longtemps affirmé n’avoir rien à voir avec le virage numérique de la SAAQ, était dans l'eau chaude depuis la publication de plusieurs articles remettant en cause son rôle dans ce coûteux ratage.
Tous les partis d'opposition réclamaient son départ. Le Parti libéral du Québec (PLQ), cela dit, demande également la démission de la ministre responsable de la SAAQ, Geneviève Guilbault, et de son prédécesseur, François Bonnardel, muté depuis à la Sécurité publique.
Mme Guilbault a toutefois rappelé jeudi après-midi, après la démission d'Éric Caire, que, depuis son entrée en poste, après les élections de 2022, elle n'avait signé aucun document en rapport avec SAAQclic. Quand je suis arrivée, c'était en train de se faire, s'est-elle défendue.
Pas de partielle
Éric Caire, selon nos informations, demeurera député de La Peltrie, au grand dam du Parti conservateur d'Éric Duhaime, donné comme favori dans cette circonscription par le site de projections de sondages Qc125, et qui aimerait bien obtenir un siège à l'Assemblée nationale.
Sa démission à titre de ministre fait suite à la publication jeudi dernier d'un rapport accablant de la vérificatrice générale du Québec, qui a découvert que des dirigeants de la SAAQ avaient caché de l'information aux décideurs politiques, une conclusion que les membres du gouvernement rappellent chaque fois qu'ils en ont l'occasion.
M. Caire avait déclaré en mêlée de presse jeudi matin qu'il n'entendait pas démissionner, ajoutant qu'il ne voyait pas pourquoi il ne se représenterait pas en 2026. Il était encore trop tôt, au moment de publier ces lignes, pour savoir si cette volonté de briguer un septième mandat consécutif tenait toujours.
Le fiasco SAAQclic, de l'avis de nombreux observateurs, constitue l'une des pires crises que le gouvernement Legault ait eu à traverser depuis son arrivée au pouvoir, en 2018, voire la pire, abstraction faite de la pandémie de COVID-19.
Le Parti québécois l'a même comparé au scandale des commandites et à celui de Norbourg en soulignant que cette affaire était encore pire que ceux-ci sur le plan financier.
La formation de Paul St-Pierre Plamondon, tout comme Québec solidaire, réclame depuis des jours le déclenchement d'une enquête publique indépendante sur la gestion des projets informatiques du gouvernement. Les libéraux, d'abord hésitants, ont joint leur voix à cette demande, jeudi après-midi.
Dans une série de points de presse organisés en toute hâte après l'annonce de la démission d'Éric Caire, le trois partis d'opposition ont insisté sur le fait que le départ de celui-ci ne venait pas pour autant clore le dossier et que l'affaire était loin d'être finie.
Le libéral Monsef Derraji est notamment revenu à la charge pour exiger le décaviardage de tous les procès-verbaux du conseil d'administration de la SAAQ, une requête soumise cette semaine à l'Assemblée nationale sous la forme d'une motion sans préavis dont le gouvernement n'a pas voulu débattre.
Un ancien sous-ministre écope aussi
Pierre E. Rodrigue, qui avait été désigné président de l'Office des professions du Québec par le Cabinet Legault mercredi afin de redresser la barre de cette organisation qui traverse ces jours-ci une période de turbulence, a pour sa part échappé une importante promotion en raison des révélations médiatiques des derniers jours.
Le gouvernement, qui avait fait savoir quelques heures après l'annonce de cette nomination que celle-ci serait réévaluée, a confirmé jeudi avoir reçu la démission du principal intéressé.
Ce matin, M. Rodrigue n'est plus président de l'office, a fait savoir la présidente du Conseil du Trésor, Sonia LeBel, dans une brève mêlée de presse organisée en matinée.
Le Cabinet Legault n'était pas au courant des allégations concernant Pierre E. Rodrigue au moment de nommer ce dernier à la tête de l'Office des professions, mercredi, a indiqué Sonia LeBel jeudi matin.
Que l'ancien sous-ministre d'Éric Caire voit son nom associé au désastre SAAQclic ne surprend pas le fondateur du Hackfest, Patrick Mathieu.
Ce dernier a expliqué sur le réseau LinkedIn jeudi qu'il avait lui-même quitté le Comité de Cybersécurité du Québec parce que celui-ci avait perdu de son efficacité sous la direction de Pierre E. Rodrigue.
Son manque de compréhension des enjeux de sécurité a transformé notre mission en une simple formalité bureaucratique, a témoigné M. Mathieu, selon qui le fiasco SAAQClic était prévisible.
Il est temps que le gouvernement du Québec prenne au sérieux la cybersécurité et les projets informatiques en mettant les bonnes personnes aux bonnes places, soutient-il.
Source:
MSN / Radio-Canada
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