Les États-Unis obtiendraient un droit de premier refus sur les ressources canadiennes
Publié : 18 juin 2025, 00:16
Le 12 juin 2025, Alexa Lavoie a publié ceci...
Voici le texte publié par The Economist qui a été retiré de la circulation.
Dans l’article, il est mentionné que, selon les négociations, « les États-Unis obtiendraient un droit de premier refus sur les ressources canadiennes ».
Article traduit :
Le pacte colossal de Carney entre le Canada et les États-Unis
Il accorderait aux Américains un droit de premier refus sur les minéraux canadiens.
Le Canada a été le creuset de la politique commerciale et étrangère tumultueuse de Donald Trump ; le président américain avait déjà dans sa ligne de mire son voisin du Nord avant même d’être investi. Alors que les dirigeants mondiaux affluent en Alberta le 15 juin pour le sommet du G7, le Canada est sur le point de consolider sa place à l’avant-garde de la géopolitique trumpienne. Il pourrait bientôt devenir le premier pays à émerger du labyrinthe déroutant de tarifs douaniers et de menaces avec un nouveau pacte global sur la sécurité et le commerce.
Le caprice est la marque de fabrique de M. Trump, donc personne n’ose encore crier victoire. Mais les grandes lignes de l’accord ont déjà été négociées. M. Trump lèverait les tarifs sur les exportations canadiennes en échange d’un accès garanti aux minéraux critiques du pays. Pendant sa campagne électorale, Mark Carney, le premier ministre du Canada, avait déclaré aux Canadiens que M. Trump voulait « nous briser, pour que l’Amérique puisse nous posséder ». Si l’accord est conclu, il pourrait avoir du mal à expliquer pourquoi il a signé un pacte aussi monumental avec celui qu’il qualifiait de « briseur en chef ».
L’accord est en gestation depuis la visite de M. Carney à la Maison-Blanche le 6 mai, une semaine après que son Parti libéral eut remporté un quatrième mandat historique. Lors de la conférence de presse dans le Bureau ovale, M. Carney déclara : « Après avoir rencontré les propriétaires du Canada pendant la campagne, je peux dire qu’il n’est pas à vendre. » Mais dans les discussions privées, de l’autre côté du couloir, dans la salle Roosevelt, les contours de la future « Forteresse Can-Am » étaient déjà en train d’être dessinés.
Avant de se rendre à Washington, M. Carney avait demandé à ses fonctionnaires de dresser la liste des produits canadiens dont M. Trump avait le plus besoin. Les terres rares et les minéraux critiques arrivaient en tête. Un accord continental permettrait aux États-Unis de se libérer de leur dépendance envers la Chine pour l’extraction et le raffinage de ces ressources. Elles sont essentielles à la fabrication des aimants utilisés dans les moteurs, résonateurs et systèmes de navigation de nombreux équipements, allant des missiles aux avions de chasse. Le F-35 Lightning II, par exemple — l’avion de chasse multi-rôle commandé par la plupart des pays membres de l’OTAN — nécessite à lui seul plus de 400 kg de terres rares. Les équipements technologiques de pointe, des batteries aux semi-conducteurs, dépendent aussi de ces minéraux critiques, dont l’approvisionnement est souvent contrôlé par des pays avec lesquels M. Trump est peu enclin à commercer.
Les tarifs douaniers visaient à forcer les fabricants à s’installer aux États-Unis, mais ils freinent aussi les investissements dans l’exploitation de ces éléments au Canada. Les négociateurs canadiens utilisent donc l’argument de la sécurité nationale pour obtenir leur levée. Flavio Volpe, président de l’association canadienne des fabricants de pièces automobiles, rappelle que la Maison-Blanche veut rapatrier la production manufacturière : « Mais ils ne peuvent pas rapatrier les ressources. »
Selon des sources informées des négociations, les États-Unis obtiendraient un droit de premier refus sur les ressources canadiennes — un avantage considérable à une époque où les pays du monde entier s’efforcent de sécuriser leur approvisionnement.
Faut-il le prendre au mot?
C’est peut-être la raison pour laquelle M. Trump souhaite conclure un accord avec le Canada. Mais pourquoi M. Carney travaillerait-il avec un homme qui a publiquement déclaré vouloir avaler son pays ? Probablement parce que les tarifs de M. Trump ne font pas que freiner les investissements — ils commencent aussi à nuire aux travailleurs canadiens. Le chômage a atteint 7 % en mai. Hors période pandémique, c’est le taux le plus élevé depuis 2016.
Les économistes affirment que les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis sont en train de s’effondrer. Le déficit commercial global du Canada a plus que triplé entre mars et avril, passant de 2,3 milliards de dollars canadiens (1,7 milliard de dollars US) à 7,1 milliards. Cela résulte des tarifs douaniers imposés à une économie dont 76 % des exportations étaient destinées aux États-Unis en 2024.
M. Carney a promis de diversifier les partenaires commerciaux du Canada afin qu’il ne dépende plus jamais autant d’un seul pays. Mais il faudra des années avant que le Canada ne puisse échapper à l’attraction gravitationnelle du plus grand marché de consommation du monde, accessible si facilement par rail ou par camion — si tant est qu’il y parvienne un jour. La dégradation de l’économie canadienne pousse M. Carney à agir dès maintenant pour maintenir l’accès à ce marché, qui a soutenu la prospérité du pays depuis près d’un siècle.
Les minéraux ne sont pas le seul atout que M. Carney met sur la table. En campagne électorale, il avait promis que le Canada consacrerait 2 % de son PIB à la défense d’ici 2030. Le 9 juin, il a annoncé une accélération spectaculaire, affirmant que le pays atteindrait ce seuil dès mars 2026, en augmentant les dépenses de 9,3 milliards de dollars canadiens (la majeure partie étant consacrée au recrutement et à l’augmentation des salaires des militaires).
L’exploitation des minéraux critiques est coûteuse. Les réserves canadiennes d’uranium, de tungstène, de vanadium et de graphite se trouvent dans des régions isolées. Il faudra y construire des routes à travers des étendues sauvages. Des usines de transformation devront être bâties là où l’infrastructure est quasiment inexistante. Un pacte garantissant des décennies de commandes américaines pourrait inciter les entreprises, qui jusqu’à présent restaient en retrait malgré leurs capitaux, à investir dans l’un des booms miniers du siècle. Mais ces mégaprojets traversent des terres autochtones. Le Canada a l’obligation constitutionnelle de consulter les Premières Nations avant d’y entreprendre des projets d’exploitation. De nombreux chefs autochtones restent méfiants.
Ce type de projet peut mettre des décennies à passer de la planification à la pleine production. Tout accord porterait probablement ses fruits bien après les mandats politiques de M. Carney et d’un président qui préfère le rapport de force à la lettre des accords qu’il défend. Le risque que représente cette situation pour la sécurité nationale des États-Unis pourrait néanmoins tempérer cette tendance trumpienne — du moins cette fois-ci.
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Voici le texte publié par The Economist qui a été retiré de la circulation.
Dans l’article, il est mentionné que, selon les négociations, « les États-Unis obtiendraient un droit de premier refus sur les ressources canadiennes ».
Article traduit :
Le pacte colossal de Carney entre le Canada et les États-Unis
Il accorderait aux Américains un droit de premier refus sur les minéraux canadiens.
Le Canada a été le creuset de la politique commerciale et étrangère tumultueuse de Donald Trump ; le président américain avait déjà dans sa ligne de mire son voisin du Nord avant même d’être investi. Alors que les dirigeants mondiaux affluent en Alberta le 15 juin pour le sommet du G7, le Canada est sur le point de consolider sa place à l’avant-garde de la géopolitique trumpienne. Il pourrait bientôt devenir le premier pays à émerger du labyrinthe déroutant de tarifs douaniers et de menaces avec un nouveau pacte global sur la sécurité et le commerce.
Le caprice est la marque de fabrique de M. Trump, donc personne n’ose encore crier victoire. Mais les grandes lignes de l’accord ont déjà été négociées. M. Trump lèverait les tarifs sur les exportations canadiennes en échange d’un accès garanti aux minéraux critiques du pays. Pendant sa campagne électorale, Mark Carney, le premier ministre du Canada, avait déclaré aux Canadiens que M. Trump voulait « nous briser, pour que l’Amérique puisse nous posséder ». Si l’accord est conclu, il pourrait avoir du mal à expliquer pourquoi il a signé un pacte aussi monumental avec celui qu’il qualifiait de « briseur en chef ».
L’accord est en gestation depuis la visite de M. Carney à la Maison-Blanche le 6 mai, une semaine après que son Parti libéral eut remporté un quatrième mandat historique. Lors de la conférence de presse dans le Bureau ovale, M. Carney déclara : « Après avoir rencontré les propriétaires du Canada pendant la campagne, je peux dire qu’il n’est pas à vendre. » Mais dans les discussions privées, de l’autre côté du couloir, dans la salle Roosevelt, les contours de la future « Forteresse Can-Am » étaient déjà en train d’être dessinés.
Avant de se rendre à Washington, M. Carney avait demandé à ses fonctionnaires de dresser la liste des produits canadiens dont M. Trump avait le plus besoin. Les terres rares et les minéraux critiques arrivaient en tête. Un accord continental permettrait aux États-Unis de se libérer de leur dépendance envers la Chine pour l’extraction et le raffinage de ces ressources. Elles sont essentielles à la fabrication des aimants utilisés dans les moteurs, résonateurs et systèmes de navigation de nombreux équipements, allant des missiles aux avions de chasse. Le F-35 Lightning II, par exemple — l’avion de chasse multi-rôle commandé par la plupart des pays membres de l’OTAN — nécessite à lui seul plus de 400 kg de terres rares. Les équipements technologiques de pointe, des batteries aux semi-conducteurs, dépendent aussi de ces minéraux critiques, dont l’approvisionnement est souvent contrôlé par des pays avec lesquels M. Trump est peu enclin à commercer.
Les tarifs douaniers visaient à forcer les fabricants à s’installer aux États-Unis, mais ils freinent aussi les investissements dans l’exploitation de ces éléments au Canada. Les négociateurs canadiens utilisent donc l’argument de la sécurité nationale pour obtenir leur levée. Flavio Volpe, président de l’association canadienne des fabricants de pièces automobiles, rappelle que la Maison-Blanche veut rapatrier la production manufacturière : « Mais ils ne peuvent pas rapatrier les ressources. »
Selon des sources informées des négociations, les États-Unis obtiendraient un droit de premier refus sur les ressources canadiennes — un avantage considérable à une époque où les pays du monde entier s’efforcent de sécuriser leur approvisionnement.
Faut-il le prendre au mot?
C’est peut-être la raison pour laquelle M. Trump souhaite conclure un accord avec le Canada. Mais pourquoi M. Carney travaillerait-il avec un homme qui a publiquement déclaré vouloir avaler son pays ? Probablement parce que les tarifs de M. Trump ne font pas que freiner les investissements — ils commencent aussi à nuire aux travailleurs canadiens. Le chômage a atteint 7 % en mai. Hors période pandémique, c’est le taux le plus élevé depuis 2016.
Les économistes affirment que les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis sont en train de s’effondrer. Le déficit commercial global du Canada a plus que triplé entre mars et avril, passant de 2,3 milliards de dollars canadiens (1,7 milliard de dollars US) à 7,1 milliards. Cela résulte des tarifs douaniers imposés à une économie dont 76 % des exportations étaient destinées aux États-Unis en 2024.
M. Carney a promis de diversifier les partenaires commerciaux du Canada afin qu’il ne dépende plus jamais autant d’un seul pays. Mais il faudra des années avant que le Canada ne puisse échapper à l’attraction gravitationnelle du plus grand marché de consommation du monde, accessible si facilement par rail ou par camion — si tant est qu’il y parvienne un jour. La dégradation de l’économie canadienne pousse M. Carney à agir dès maintenant pour maintenir l’accès à ce marché, qui a soutenu la prospérité du pays depuis près d’un siècle.
Les minéraux ne sont pas le seul atout que M. Carney met sur la table. En campagne électorale, il avait promis que le Canada consacrerait 2 % de son PIB à la défense d’ici 2030. Le 9 juin, il a annoncé une accélération spectaculaire, affirmant que le pays atteindrait ce seuil dès mars 2026, en augmentant les dépenses de 9,3 milliards de dollars canadiens (la majeure partie étant consacrée au recrutement et à l’augmentation des salaires des militaires).
L’exploitation des minéraux critiques est coûteuse. Les réserves canadiennes d’uranium, de tungstène, de vanadium et de graphite se trouvent dans des régions isolées. Il faudra y construire des routes à travers des étendues sauvages. Des usines de transformation devront être bâties là où l’infrastructure est quasiment inexistante. Un pacte garantissant des décennies de commandes américaines pourrait inciter les entreprises, qui jusqu’à présent restaient en retrait malgré leurs capitaux, à investir dans l’un des booms miniers du siècle. Mais ces mégaprojets traversent des terres autochtones. Le Canada a l’obligation constitutionnelle de consulter les Premières Nations avant d’y entreprendre des projets d’exploitation. De nombreux chefs autochtones restent méfiants.
Ce type de projet peut mettre des décennies à passer de la planification à la pleine production. Tout accord porterait probablement ses fruits bien après les mandats politiques de M. Carney et d’un président qui préfère le rapport de force à la lettre des accords qu’il défend. Le risque que représente cette situation pour la sécurité nationale des États-Unis pourrait néanmoins tempérer cette tendance trumpienne — du moins cette fois-ci.
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