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Revenu Québec a doublé en 20 ans

Publié : 02 avr. 2026, 09:51
par cgelinas
Une administration fiscale qui a doublé de taille en vingt ans

Revenu Québec (RQ) compte aujourd'hui plus de 12 000 employés répartis dans toutes les régions administratives du Québec, ainsi qu'à Toronto. Ce chiffre, affiché fièrement sur le site de recrutement de l'organisation, mérite d'être mis en perspective.

En 2004, lors de la création de l'Agence du revenu du Québec (ARQ), l'organisation comptait environ 6 000 à 7 000 employés. En deux décennies, les effectifs ont donc pratiquement doublé, sans que la population québécoise n'ait été véritablement consultée sur la pertinence et le coût de cette croissance.

Pour un organisme dont la mission principale est la collecte de l'impôt et le contrôle fiscal, une telle expansion soulève une question fondamentale: est-ce que cette croissance des effectifs profite aux contribuables, ou alourdit-elle simplement une structure administrative déjà imposante aux frais de ces mêmes contribuables?

Une masse salariale astronomique, payée par les contribuables

Les données disponibles permettent d'estimer l'ampleur de la facture. Selon les informations compilées sur les plateformes d'emploi, le salaire moyen chez Revenu Québec se situe aux alentours de 42 000 $ à 70 000 $ par an selon le poste, avec des postes de direction atteignant 142 000 $ annuellement. En retenant une rémunération annuelle moyenne conservatrice de 70 000 $ par employé, un chiffre prudent pour un organisme à forte concentration de professionnels spécialisés en fiscalité, en droit et en comptabilité, on arrive à une masse salariale brute d'environ 840 millions de dollars par année, rien que pour les salaires de base.

En ajoutant les avantages sociaux, les cotisations à la retraite, les frais de formation, les espaces de bureau et les coûts de fonctionnement associés à chaque poste, le coût réel par employé dépasse généralement de 30 à 40 % le salaire brut dans la fonction publique. La facture totale pourrait donc dépasser le milliard de dollars par an pour financer l'appareil humain de Revenu Québec.

Ce milliard est entièrement financé par les impôts des Québécois.

La croissance des effectifs: une tendance difficile à justifier à l'ère numérique

Ce qui rend cette expansion particulièrement difficile à justifier, c'est qu'elle survient à une époque où la numérisation des services fiscaux devrait, en théorie, réduire le besoin en personnel. La déclaration de revenus en ligne, les systèmes automatisés de vérification, les échanges électroniques de données avec les employeurs et les institutions financières: toutes ces innovations technologiques ont radicalement réduit le travail manuel autrefois nécessaire. Dans ce contexte, une administration fiscale bien gérée et efficace devrait voir ses effectifs se stabiliser, voire diminuer, à mesure que la technologie prend en charge les tâches répétitives.

Or, c'est exactement l'inverse qui s'est produit à Revenu Québec.

L'organisation a continué à croître, investissant massivement dans des effectifs tout en développant ses plateformes numériques. La question légitime qui se pose est donc: ces milliers de nouveaux postes ont-ils été créés pour mieux servir les contribuables, ou pour renforcer les capacités de vérification, de contrôle et de recouvrement de l'administration?

Le lien troublant entre effectifs et pression fiscale

L'affaire Enico, documentée dans un jugement de la Cour supérieure en 2013, a mis en lumière l'existence d'objectifs internes de récupération fiscale chez Revenu Québec. Si une partie des 12 000 employés de l'organisation travaille sous des indicateurs de performance liés aux sommes récupérées, la question de la croissance des effectifs prend une toute autre dimension. Plus l'organisation grossit, plus elle a besoin de ressources à récupérer pour justifier son existence et son budget. Et plus elle cherche à récupérer, plus les cotisations risquent d'être gonflées, les vérifications d'être agressives et les contribuables, de se retrouver dans la ligne de mire d'une machine dont la taille même crée une pression structurelle à l'action.

Ce cercle vicieux plus d'employés, plus de vérifications, plus de cotisations est d'autant plus préoccupant que le Québec affiche la pression fiscale la plus élevée parmi toutes les provinces canadiennes, à 21,2 % du PIB, loin devant toutes ses voisines. Ce chiffre n'est pas une coïncidence: il est le reflet d'une administration fiscale dont la taille et les ambitions dépassent ce que la situation économique de la province peut soutenir sans alourdir le fardeau des ménages et des entreprises.

Une transparence insuffisante sur la justification des effectifs

Revenu Québec est une organisation autonome, distincte de la fonction publique québécoise, avec son propre processus de recrutement et sa propre structure de classification et de rémunération des emplois. Cette autonomie, présentée comme un avantage organisationnel, signifie en pratique que l'organisation échappe à une partie des mécanismes normaux de contrôle et de transparence applicables aux ministères. Les effectifs, la masse salariale détaillée et les indicateurs de performance internes ne font pas l'objet d'une reddition de comptes aussi rigoureuse que pour les autres composantes de l'administration.

Dans ce contexte, les citoyens qui financent l'organisation par leurs impôts sont en droit d'exiger davantage de transparence. Combien coûte précisément chaque poste créé depuis dix ans? Quel est le retour sur investissement de chaque dollar dépensé en personnel supplémentaire? Quels indicateurs permettent de justifier que 12 000 personnes soient nécessaires pour administrer la fiscalité d'une province de 8,8 millions d'habitants?

Qui paiera la facture?

La réponse à cette question est simple, et c'est précisément ce qui devrait inquiéter chaque Québécois. C'est le contribuable qui paie et qui continuera de payer pour financer une administration dont la croissance semble déconnectée des impératifs d'efficacité et de service aux citoyens. Dans un contexte où le Québec affiche déjà le fardeau fiscal le plus lourd au Canada, la question de la taille et du coût de Revenu Québec n'est pas une question abstraite de gestion administrative. C'est une question de justice fiscale, de transparence et de respect envers les citoyens qui, chaque année, remettent une partie significative de leurs revenus à une organisation dont personne ne semble vouloir questionner sérieusement la croissance.



Source: Montréal-Est, dans Facebook



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