Oui, l’épicerie coûte de plus en plus cher pour de moins en moins de quantité – et souvent de moins bonne qualité – au Québec et au Canada.
Les chiffres officiels confirment ce que tout le monde ressent dans son panier.
1. Une facture qui explose depuis 5 ans
Sur l’ensemble du Canada, les prix des aliments en magasin ont grimpé d’environ 27% en cinq ans, selon le Canada’s Food Price Report 2026. Autrement dit, ce qui coûtait 100 $ à l’épicerie en 2019 en coûte maintenant autour de 127 $ en 2024–2025, pour la même liste d’articles.
Pour une famille canadienne de quatre personnes, la note d’épicerie annuelle moyenne était estimée à 16 833,67 $ en 2025, soit jusqu’à 801,56 $ de plus qu’en 2024. Pour 2026, on prévoit qu’une famille comparable devra débourser environ 17 571,79 $, soit près de 1 000 $ de plus que l’année précédente. Ces hausses anticipées correspondent à une augmentation générale des prix des aliments de 4 à 6% pour l’année 2026 seulement.
Au niveau macro, le coût de la nourriture au Canada a encore augmenté de 4,2% en novembre 2025 par rapport à novembre 2024, même après le gros “pic” d’inflation des dernières années. Au Québec, le ministère de l’Agriculture observe qu’en 2024, les prix des aliments et boissons non alcoolisées ont quand même augmenté d’environ 2,0% sur l’année, après des années beaucoup plus salées en 2022–2023.
2. Au Québec, une impression de dérive… confirmée
Même si l’inflation officielle semble “se calmer”, plusieurs produits de base dérapent encore. Des reportages récents indiquent que certains aliments au Québec – par exemple le café, le bœuf et les fraises – ont vu leur prix bondir de plus de 50% en un an dans certains cas en 2025, bien au-delà de l’inflation globale. C’est ce qui explique que la facture finale semble déconnectée des chiffres que l’on entend pour l’IPC.
Les prévisions montrent aussi que le Québec fait partie des provinces qui devraient subir des hausses de prix au‑dessus de la moyenne canadienne pour 2026. En parallèle, des données fédérales indiquent qu’environ un ménage sur quatre au pays est maintenant en insécurité alimentaire, ce qui reflète directement la perte de pouvoir d’achat à l’épicerie.
3. “De plus en plus cher pour de moins en moins”: la shrinkflation
L’impression de “payer plus pour moins” n’est pas qu’un sentiment: Statistique Canada documente la shrinkflation, c’est‑à‑dire la réduction discrète des formats pour un prix identique. Entre 2021 et 2023, près de 30% des produits d’épicerie suivis dans l’Indice des prix à la consommation ont subi ce type de réduction de quantité.
Selon cette analyse, 29,6% des articles d’épicerie admissibles ont été touchés par une baisse de format entre 2021 et 2023. Près de la moitié de ces ajustements de quantité (environ 49,5%) ont été enregistrés en 2022, année où l’inflation des aliments a atteint son plus haut niveau en 41 ans. Fait important, les produits de marque nationale sont beaucoup plus touchés: environ 77,6% des cas de shrinkflation concernent des grandes marques, contre seulement 22,4% pour les marques maison.
Concrètement, cela veut dire que:
- Le sac de croustilles passe par exemple de 235 g à 200 g, mais reste au même prix, voire augmente légèrement.
- La brique de fromage ou la tablette de chocolat perd quelques dizaines de grammes.
- Les paquets de biscuits, de céréales ou de collations comptent moins d’unités qu’avant pour un prix identique.
Officiellement, ces ajustements sont intégrés dans les calculs de l’IPC comme des hausses de prix, mais dans le quotidien du consommateur, l’effet psychologique reste: on paie “pareil” (ou plus) et on sort avec des formats plus petits.
4. Des exemples concrets dans le panier
Plusieurs catégories phares illustrent ce phénomène d’augmentation du prix combinée à la réduction des quantités:
- Viande et bœuf: le Canada’s Food Price Report note que les prix des viandes ont augmenté plus vite que prévu en 2025, avec des hausses estimées de 5 à 7% sur l’année, au‑delà des projections initiales. Dans un contexte où les barquettes sont souvent plus petites qu’il y a quelques années, le coût par portion explose.
- Produits transformés et collations: ce sont parmi les plus touchés par la shrinkflation, particulièrement les produits de marque nationale. Par exemple, des formats “famille” deviennent des formats “économiques” plus petits, mais vendus au même prix, avec parfois des ingrédients moins coûteux.
- Fruits et légumes “de luxe”: des reportages montrent que des produits comme les fraises ou certains légumes d’importation ont connu des hausses spectaculaires, parfois de plusieurs dizaines de pour cent sur une seule année. Les contenants peuvent aussi être légèrement réduits (moins de grammes, barquettes moins profondes).
Résultat concret pour un panier typique d’une famille québécoise: même si elle achète “les mêmes” produits qu’en 2019, elle repart aujourd’hui avec moins de volume et une facture beaucoup plus lourde.
5. Pourquoi la qualité semble baisser en même temps
En plus du prix et des formats, plusieurs consommateurs remarquent une baisse de la qualité perçue:
- Substitutions d’ingrédients: pour limiter les coûts de production, certains fabricants remplacent des ingrédients plus chers (beurre, huile d’olive, viande de meilleure coupe) par des options moins coûteuses ou plus transformées.
- Produits plus “allégés” en contenu: moins de garniture dans les plats préparés, plus de sauces ou de féculents, moins de protéines ou de fruits de qualité.
- Pression sur les producteurs: le gouvernement du Canada souligne que les prix des intrants (énergie, emballages, produits d’origine animale, etc.) ont flambé en 2022–2023, ce qui a fortement poussé les coûts de production avant de se calmer un peu en 2024. Cette pression incite les transformateurs à “optimiser” les recettes.
Même si la “qualité” n’est pas un indicateur statistique officiel comme le prix ou la quantité, elle est étroitement liée aux mêmes contraintes économiques: quand les coûts explosent, on réduit la portion, on change les ingrédients, ou on augmente le prix – et souvent, c’est un mélange des trois.
6. Une tendance qui n’est pas près de disparaître
Pour 2025 et 2026, les principaux rapports nationaux concordent: les prix des aliments vont continuer à augmenter, mais à un rythme un peu moins fou qu’en 2022–2023, avec encore 3 à 5% de hausse prévue en 2025 et 4 à 6% en 2026. Les prévisions à plus long terme situent l’inflation alimentaire autour de 2,9% en 2026 et 3,0% en 2027, ce qui reste supérieur à zéro et vient s’ajouter aux hausses déjà encaissées.
Comme les prix sont déjà environ 27% plus élevés qu’il y a cinq ans, chaque pourcentage de plus se fait sentir sur des montants de base beaucoup plus élevés qu’avant. C’est exactement ce que les gens ressentent dans leur panier: une impression de spirale où, année après année, l’épicerie mange une part croissante du budget, tout en ramenant moins de quantité et une qualité souvent discutable.
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